Le jour où la Vallée a pris en main son destin

Le dimanche, rubrica di approfondimento di Stefano Aggravi

Le jour où la Vallée a pris en main son destin

Le jour où la Vallée a pris en main son destin 500 500 Stefano Aggravi

Il y a des dates que l’on devrait citer plus souvent, non par goût de commémoration, mais parce qu’elles éclairent encore notre présent. L’institution du Conseil des Commis, le 7 mars 1536, en fait partie.

On aurait tort d’y voir seulement une page ancienne de l’histoire valdôtaine. Le Conseil des Commis n’est pas un souvenir décoratif. Il est l’une des preuves les plus fortes que notre autonomie est née d’une nécessité politique. À un moment de désordre, d’incertitude et d’éloignement du pouvoir, la Vallée d’Aoste a dû organiser elle-même une part essentielle de son gouvernement. En d’autres termes, lorsque l’autorité supérieure n’était plus en mesure d’assurer pleinement sa fonction, une autorité locale a pris place pour défendre le pays, administrer la vie publique et préserver l’intérêt commun.

C’est cela qu’il faut retenir. L’autonomie, à l’origine, n’est pas un confort. Elle est une charge. Elle ne commence pas comme un privilège accordé d’en haut, mais comme une responsabilité assumée d’en bas. L’exemple du Conseil des Commis dit exactement cela: une communauté politique existe vraiment lorsqu’elle accepte de répondre par elle-même aux nécessités de son temps.

Cette leçon mérite d’être relue aujourd’hui avec sérieux. Car le danger qui guette les autonomies n’est pas toujours spectaculaire. Elles ne disparaissent pas forcément sous les coups d’une suppression brutale. Elles peuvent s’affaiblir plus discrètement: par habitude, par lassitude, par uniformisation, par la tentation de croire que l’on gouvernerait mieux d’ailleurs ce qui concerne pourtant d’abord ici. Une autonomie cesse rarement d’un seul coup; le plus souvent, elle se vide progressivement de sa substance.

L’histoire du Conseil des Commis le montre bien. Institution forte, centrale, adaptée à une époque de nécessité, il fut ensuite réduit, encadré, puis dépassé par un mouvement de centralisation plus large. Il ne fut pas seulement aboli: il fut d’abord rendu moins décisif. C’est ainsi, bien souvent, que s’effacent les libertés institutionnelles: non dans le fracas, mais dans l’érosion.

Voilà pourquoi ce rappel historique n’est pas une affaire d’érudition. Il touche à une question très actuelle: croyons-nous encore suffisamment à l’autonomie pour la faire vivre? Non pas pour la célébrer rituellement, mais pour l’exercer avec méthode, responsabilité et confiance. Car si une communauté politique ne croit plus en sa capacité de se gouverner elle-même, d’autres centres de décision finiront toujours par reprendre l’espace laissé libre.

L’histoire institutionnelle supporte mal le vide. En 1536, la Vallée avait su occuper cet espace parce qu’il fallait protéger le pays. Aujourd’hui, le mouvement inverse peut toujours se produire. Si nous ne donnons plus de contenu réel à notre autonomie, si nous la réduisons à un langage d’apparat ou à une mémoire sans conséquences, alors le centre — étatique, administratif ou technocratique — reviendra naturellement occuper le terrain.

Le Conseil des Commis nous laisse donc un héritage exigeant. Il nous rappelle que l’autonomie n’est jamais définitivement acquise. Elle vit seulement tant qu’une communauté la considère comme une responsabilité concrète, et non comme un titre hérité. Le jour où l’on cesse d’y croire vraiment, le jour où l’on cesse de l’exercer avec conviction, on prépare soi-même son rétrécissement.

La leçon est claire: l’autonomie n’existe vraiment que là où demeure la volonté de l’exercer. Dès qu’elle devient un héritage que l’on invoque plus qu’on ne le pratique, d’autres finissent toujours par décider à sa place.